L’enseignement secondaire Français est-il inefficace?

Cet article est le dernier concernant le rapport des dépenses publiques publié par France Stratégie en juillet dernier. Mon premier article s’indignait de l’accueil médiatique de ce rapport tandis que le second faisait une première analyse de la note sous l’angle du choix des indicateurs et des axes de lecture choisi par le rapport. Ce troisième billet va se focaliser sur la méthodologie proprement dite et se focalisera sur l’analyse qui est faite des dépenses publiques consacrées à l’enseignement secondaire.

Quelques impasses méthodologiques…

Sur la méthodologie, plusieurs points m’interpellent: le premier concerne l’absence supposée d’interdépendance entre les catégories de dépenses. Le rapport y fait timidement mention en indiquant que le poids des dépenses entre l’enseignement primaire et secondaire gagnerait à être équilibré (au profit du primaire, où naissent les inégalités qui entachent la performance du secondaire). Il me paraît néanmoins important de mieux comprendre les mécanismes qui régissent les relations entre les performances des différentes catégories (et plus particulièrement des différentes sous-catégories comme dans le cas de l’enseignement) avant de pouvoir juger de l’absence d’efficience d’une catégorie donnée.

La méthodologie du rapport se base d’un côté sur les dépenses publiques (les inputs du modèle) et de l’autre sur un choix d’indicateurs (qui matérialisent les outputs du modèle). Bien qu’il soit complexe d’obtenir des données réellement comparables d’un pays à l’autre, les inputs me paraissent objectifs et aussi fiables que possible. En revanche, on voit bien que le choix des indicateurs influe directement sur la performance perçue du système. Changer les indicateurs (en ajouter d’autres, les remplacer…) change radicalement le prisme à travers lequel l’analyse serait menée. De plus, le choix fait sous-entend que les objectifs des politiques publiques de l’ensemble des pays analysés sont les mêmes. Étant donné la variété de contexte, de moyens, de culture et d’historique de chaque pays d’Europe, le raccourci gagnerait à être mieux justifié.

Reste également l’impact des évolutions temporelles et des situations « initiales ». Prenons l’évolution de la proportion des 25-64 ans qui ont un diplômes de 3ème degré. D’après l’OCDE, entre 2000 et 2011, la France est passée de 21,6% à 29,8% de cette tranche d’âge. Dans le même temps, l’Allemagne (avec qui la France est très souvent comparée) est passée de 23,5% à 27,5%:

Evolution diplômés 3ème degré

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Or, cet indicateur dépend certes de nos dépenses publiques dans l’enseignement supérieur, mais également de la formation de la population du secondaire qui y accède. L’effort plus important de la France dans l’enseignement devrait, de mon point de vue, s’évaluer dans le temps et pas seulement à un instant « t ». Le rapport fait malheureusement l’impasse sur cette dimension temporelle alors que l’on pourrait tenter de rapprocher la vitesse d’évolution des indicateurs (matérialisée par la pente des courbes ci-dessus) et le cumul des dépenses dans un secteur donné.

Encore beaucoup de questions ouvertes…

En conclusion, je reste sur ma faim à la lecture du rapport avec beaucoup plus de questions que de réponses:

  • Les objectifs affichés des politiques publiques sont-ils suffisamment alignés aujourd’hui pour pouvoir faire une comparaison objectives des dépenses qui y sont consacrées?
  • Les indicateurs de performance choisies peuvent-ils rester « absolus » ou doit-on les choisir de façon à intégrer une correction qui gomme ces différences d’objectifs?
  • Peut-on comparer la performance liée à un poste budgétaire donné (par exemple l’enseignement du secondaire) en négligeant les interdépendances avec les autres politiques publiques?
  • À l’aune du PIB d’un pays, la performance d’une politique publique dépend certes des dépenses publiques mais également des actions et des dépenses privées: comment peut-on prendre en compte cette articulation?
  • Le cumul des dépenses dans le temps (matérialisant notre effort total) a-t-il un impact positif sur la vitesse d’évolution des indicateurs dans le temps (par exemple sur une décennie)?

Je continuerai donc probablement à explorer ces axes dans mes prochains articles…

Sources

Le fichier Excel ci-joint contient les sources de données que j’ai utilisées pour générer le graphique de cet article. Les données brutes sont extraites de la base de données des statistiques de l’OCDE.

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