Et maintenant, qu’allons nous faire pour assainir la situation?

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Ci-dessous une lettre que j’ai adressée à Mr Le Président de la République. Il me semble qu’il est grand temps d’agir, et d’agir vite pour redonner confiance dans une de nos plus vénérables institutions: l’Education Nationale.

Nous ne sommes pas tous Charlie pour les mêmes raison, aussi, voici ma modeste contribution au débat. N’hésitez pas à nous faire part de vos idées.

Monsieur le Président,
Nous vivons une crise morale et sécuritaire majeure dans notre pays. Permettez-moi de saluer votre action et de vous exprimer mon soutien.
Ce degré d’urgence et le haut niveau d’unité nationale qu’elle entraîne peut également être l’opportunité de marquer ce passage par des actions  politiques majeures, très longue à décider en d’autres temps. Il ne s’agit pas de ma part d’une provocation. Mon expérience de la conduite du changement dans l’industrie aéronautique m’a appris qu’un problème majeur ne se résout que si tous en ont conscience et en particulier, le haut management. Certes, je parle ici de problèmes économiques ou d’efficacité, mais les méthodes de gestion de crise sont en grande partie applicable à tous.
Permettez moi de vous présenter mon analyse de la situation.
Une des causes des attentats actuels est l’engagement, voire l’endoctrinement des certains de nos jeunes par des sectes islamiques. Il me semble que ces jeunes partent pour y trouver un sens à leur vie, une valeur à leur destin, que le République Française ne peut pas leur offrir. Tout d’abord, à mon sens, par l’effet discriminatoire mécanique de notre système éducatif , comme le montre par exemple les analyses de l’OCDE et le test PISA. Il a été démontré que seuls 4 à 7 % des jeunes de milieux défavorisés accèdent à des diplômes du 3eme cycle, essentiellement obtenus par des jeunes issus de la classe moyenne, voire bourgeoise pour les diplômes les plus prestigieux. D’ailleurs, combien de patrons du CAC 40 sont issus de milieux défavorisés ? combien sont issus de la diversité ? vous le savez, la réponse est désolante : aucun.
De plus, si nous analysons les taux de réussite au bac, les jeunes issus des milieux défavorisés sont majoritairement  orientés vers les filières technologiques ou professionalisantes, ne permettant d’accéder naturellement, au mieux, qu’à des bac+2. Bref, il existe bien deux ascenseurs sociaux : un pour les « WASP », permettant de gagner les plus hauts niveaux de notre société, un autre, qui parait similaire, mais qui s’arrête au mieux dans les étages intermédiaires. Il a été également démontré que les populations défavorisées étaient essentiellement constituées de personnes issues de l’immigration et que les populations ressentant le plus de discrimination à l’école sont les africains, du nord ou d’ailleurs.
En effet, comment supporter ce déterminisme social qui rejette mécaniquement une partie de notre jeunesse, se privant de ses capacités, de son énergie ? Comment ne pas désespérer quand, malgré ses efforts et d’évidentes capacités, on nous oriente vers des filières qui ne sont pas à la hauteur de certaines ambitions ?L’humiliation est latente et inacceptable, et conduit à des dérives identitaires pour une partie de la jeunesse. Elle est pour moi le résultat des politiques passées, qui n’avaient aucun intérêt à ce que la logique s’inverse. Tout s’est passé comme si la réaction était : « les populations défavorisées n’ont aucune chance de trouver un emploi intéressant, à l’issue d’études supérieures ? Seuls nos « WASP » y auront naturellement droit ? Tant mieux. Restons en là, peu importe les conséquences sociales… »
Ainsi, Monsieur le président, pourquoi ne pas « profiter » de la situation pour accélérer certaines réformes de l’éducation et, surtout, de l’orientation, qui, si je les ai bien comprises, ne commenceront à porter leurs fruits qu’en 2019. (J’ai lu les propositions de Mme Vallaud Belkacem).
Pourquoi ne pas proposer des actions à court terme, comme imposer un pourcentage de l’ordre de 20% de jeunes issus de la diversité et des milieux défavorisés dans les lycées généraux dès la rentrée 2015 ? Pourquoi ne pas imposer au moins 10% dans nos écoles d’ingénieurs ou de commerce post-bac ?
Je sais que cela nécessitera un accompagnement, et en particulier un accompagnement psychologique. Mais n’avons nous pas des psychologues scolaires ? D’ailleurs, étonnamment, les conseillers d’orientation ne sont-ils pas recrutés majoritairement parmi les diplômés en psychologie ? Je parle d’accompagnement psychologique, car changer de milieu social peut être angoissant et vécu comme une trahison, ce qui peut freiner la réussite voire l’empêcher.

Ces mesures pourraient être perçues comme complémentaires aux actions sécuritaires que la situation impose, et peut être une façon de tendre la main à une partie de notre jeunesse et à leurs parents.

Voilà, j’espère que cette lettre ne vous a pas paru présomptueuse, mais je me devais de partager mon analyse, que j’ai menée ces derniers mois, car cette discrimination mécanique, et non officiellement politique, me révolte et heurte ma sensibilité de républicaine convaincue.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes respectueuses salutations.

Nathalie

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