J’ai perdu Charlie. Aidez-moi à le retrouver.

J’ai perdu Charlie

Le titre de cet article peut paraître provocateur quand nous avons été si nombreux à nous rassembler sous le slogan « Je suis Charlie », lointain descendant linguistique du « Nous sommes tous des juifs allemands » qui défendit Daniel Cohn-Bendit en 1968.

Je n’ai pas d’autre objectif que celui de vous expliquer l’évolution de ma pensée et mes difficultés à retrouver Charlie dans l’évolution de la situation.

Tout d’abord, il y eut un attentat meurtrier, visant Charlie Hebdo, journal à tirage confidentiel, porté, entre autres, par des figures emblématiques de la liberté d’expression, à l’anarchisme (plus ou moins) soft. J’ai pleuré à l’annonce de cette nouvelle.

Le slogan « Je suis Charlie » signifiait alors, pour moi :

charlie

  • Je suis « solidaire » des victimes de cet attentat
  • Je soutiens la liberté d’expression dans notre pays
  • Je rejette le fanatisme religieux

Puis il y eut la prise d’otage de Vincennes, clairement antisémite.

Je suis Charlie est alors devenu, pour moi :

  • Je suis solidaire des victimes de ces attentats
  • Je défends la liberté, notamment la liberté d’expression et de culte, fondement de notre république
  • Je rejette le fanatisme religieux

La manifestation du 11 janvier m’a semblé répondre au besoin d’exprimer ensemble ces trois affirmations, en plus du partage de notre tristesse et de notre colère, bref, de notre deuil.

On nous avait promis un tirage exceptionnel de Charlie Hebdo pour conclure ce deuil national.

Et là, on nous propose en une de ce journal blessé dans sa chair, un dessin composé de deux parties :

  • Un titre : Tout est pardonné
  • Un dessin représentant le prophète Mahomet pleurant et portant l’écriteau « Je suis Charlie »

Je ne comprends pas cette une.

Qui pardonne à qui ? Les victimes à leurs bourreaux, alors que ces derniers se considèrent légitimes dans leur action, au nom d’une interprétation contestée du Coran ? Qui peut s’exprimer au nom de ces victimes et plus largement de ceux qui se sentent victimes ? Est-ce le point de vue du dessinateur, uniquement ?

Pourquoi représenter Mahomet pour illustrer le titre ? Est-ce en souvenir de Charb et pour rappeler l’origine de la fatwa qui l’a condamné à mort ? A-t-on extrapolé ce que Charb aurait fait en de pareilles circonstances ?  Mais alors, de quel droit ?

Pourquoi Mahomet est-il représenté seul, alors que toutes les religions et partis politiques ont fait corps ? Pourquoi refuser une image d’unité ?

Je peux comprendre ce que ce dessin masque de colère et de tristesse, cependant, il est dit qu’un dessin vaut mieux qu’un discours ; en l’occurrence, je n’ai pas compris ce dessin, et j’ai vraiment besoin d’explications.

D’autant que les répercussions internationales sont inquiétantes. Vu de l’extérieur, on peut tout à fait comprendre : 7 millions de français ainsi que l’état français  soutiennent le droit à la caricature de Mahomet. Point. Et c’est explosif.

Je suis persuadée que les 7 millions d’acheteurs du dernier Charlie Hebdo comprennent leur acte comme l’ultime symbole de résistance aux liberticides après les évènements et les grandes manifestations de ces derniers jours, indépendamment de sa une. Il n’empêche que le symbole nous dépasse et que je trouve ce dessin difficile à comprendre. Il est pour moi  peu représentatif de ce que j’avais compris du slogan « Je suis Charlie ».

Mais peut-être pouvez vous m’éclairer sur le sujet…

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